Aller au contenu
Dog & Compagnie

Réglementation

Est-ce qu'un chien peut prendre un complément alimentaire ?

Oui, vous pouvez donner un complément à votre chien, mais seulement s'il respecte la réglementation européenne sur l'alimentation animale. Tout additif doit être autorisé et inscrit au registre de la Commission européenne, aucune allégation de prévention ou de guérison n'est permise, et un produit qui soigne relève du médicament vétérinaire.

RéglementationPar Guillaume Philippot, directeur de la publication9 min de lecture

Gamelle en céramique posée sur un sol en bois clair, à côté d'une coupelle contenant quelques granulés, dans une cuisine lumineuse.
© Dog & Cie

Le 2 octobre 2026, la DGCCRF a publié sur RappelConso le rappel d'huiles de CBD destinées aux chiens et aux chats, de marques Mama Kana et CBDSOL. Le motif inscrit sur les fiches est sans ambiguïté : le CBD et les extraits de chanvre ont le statut d'additifs non autorisés pour l'alimentation animale. Les produits concernés avaient été vendus dans toute la France entre le 18 mars 2022 et le 19 mars 2026, tous lots confondus, selon la fiche de rappel n° 2026-03-0264 consultée le 08/10/2026.

Ce rappel, que Dog & Compagnie a traité à chaud début octobre, pose une question beaucoup plus large. Comment un propriétaire peut-il savoir, avant d'acheter, si un complément vendu pour son chien est dans les règles ? La réponse tient dans quelques textes européens et dans deux ou trois réflexes de lecture d'étiquette.

Qu'est-ce qu'un complément alimentaire, au sens de la loi ?

En droit européen, le mot « complément » renvoie à l'aliment complémentaire pour animaux. Le règlement (CE) n° 767/2009 du 13 juillet 2009 le définit, à son article 3, comme un aliment composé qui a une teneur élevée en certaines substances mais qui n'assure la ration journalière que s'il est associé à d'autres aliments.

Autrement dit, un aliment complémentaire n'est pas un médicament. Ce n'est pas non plus un aliment complet, qui suffit à lui seul à couvrir la ration de la journée. C'est un produit qui vient par-dessus la gamelle, et la loi le traite comme de la nourriture.

Cette qualification compte, parce qu'elle détermine ce que le fabricant a le droit d'écrire sur l'emballage. Un produit étiqueté « aliment complémentaire » entre dans le champ du règlement n° 767/2009 et doit en respecter toutes les obligations.

Qu'est-ce qu'un additif, et pourquoi faut-il qu'il soit autorisé ?

Le règlement (CE) n° 1831/2003 du 22 septembre 2003 encadre les additifs destinés à l'alimentation animale. Son article 2 les définit comme des substances, micro-organismes ou préparations délibérément ajoutés aux aliments pour animaux ou à leur eau, en dehors des matières premières et des prémélanges.

La règle de base est à l'article 3, paragraphe 1 : il est interdit de mettre sur le marché, de transformer ou d'utiliser un additif pour l'alimentation animale sans qu'il ait obtenu une autorisation conformément au règlement. Pas d'autorisation, pas de mise sur le marché.

Le règlement classe ces additifs en cinq catégories à son article 6 : additifs technologiques, sensoriels, nutritionnels, zootechniques, et coccidiostatiques et histomonostatiques. Un additif n'est autorisé que pour la ou les fonctions examinées lors de son évaluation.

C'est exactement le point qui a fait tomber les huiles de CBD rappelées le 2 octobre 2026 : faute d'autorisation au titre du règlement n° 1831/2003, le CBD ne peut pas être ajouté à un aliment pour animaux, quelle que soit la qualité du produit par ailleurs.

Comment vérifier soi-même si une substance est autorisée ?

La Commission européenne tient un registre public. L'article 17, paragraphe 1, du règlement n° 1831/2003 prévoit que la Commission établit et tient à jour un registre communautaire des additifs pour l'alimentation animale, et le paragraphe 2 précise que ce registre est accessible au public.

Ce registre est donc votre premier outil. Il recense les additifs autorisés, avec leur numéro d'identification, leurs conditions d'emploi et les exigences d'étiquetage qui leur sont propres, selon l'article 9 du même règlement.

Le second outil est RappelConso, le site officiel de la DGCCRF. C'est là que les rappels sont publiés, avec le motif, les lots concernés et la conduite à tenir. Le réflexe utile est d'y chercher la marque et la référence avant un achat répété, et de regarder la catégorie « Alimentation ».

Le troisième outil est l'étiquette elle-même. L'article 15 du règlement n° 767/2009 impose un socle de mentions obligatoires : le type d'aliment, par exemple « aliment complémentaire pour animaux », le nom et l'adresse du professionnel responsable, le numéro de référence du lot, la quantité nette, la teneur en eau et la liste des additifs sous l'intitulé « additifs ». Un produit vendu pour votre chien sans ces mentions n'est pas conforme. L'article 19 ajoute, pour les aliments pour animaux familiers, l'obligation d'indiquer un numéro de téléphone gratuit ou un autre moyen de communication approprié.

Qu'est-ce qu'un fabricant n'a pas le droit de promettre ?

C'est ici que se joue l'essentiel, et c'est la partie la plus utile au quotidien. L'article 13 du règlement n° 767/2009 encadre les allégations.

Une allégation doit être objective et vérifiable par les autorités compétentes, et le responsable de l'étiquetage doit pouvoir fournir sur demande une preuve scientifique de ce qu'il avance. Une allégation insuffisamment étayée est traitée comme une information trompeuse au sens de l'article 11.

Surtout, le paragraphe 3 de l'article 13 interdit d'affirmer qu'un aliment possède des propriétés de prévention, de traitement ou de guérison d'une maladie. Dans sa fiche pratique du 18 février 2020 consacrée au statut des os à mâcher, la DGCCRF le formule en une phrase : les allégations thérapeutiques sont interdites, et une allégation portant sur un additif ne peut concerner que la fonction pour laquelle il est autorisé.

Traduit en rayon : un aliment complémentaire peut être présenté comme contribuant au confort articulaire ou au maintien d'un pelage en bon état. Il ne peut pas être présenté comme soignant l'arthrose, calmant une douleur ou traitant une dermatite. Si l'emballage ou la page de vente promet de soigner, le produit sort du cadre de l'alimentation animale.

Et si le produit soigne vraiment ?

Alors ce n'est plus un aliment, c'est un médicament vétérinaire, et la voie à suivre est différente. La fiche DGCCRF du 18 février 2020 le dit à propos du fluor ajouté : l'opérateur peut déposer une demande d'autorisation d'additif au titre du règlement n° 1831/2003, ou demander à l'Agence nationale du médicament vétérinaire une autorisation de mise sur le marché s'il estime que son produit est un médicament vétérinaire.

Pour vous, propriétaire, la conséquence est simple. Un produit à effet thérapeutique passe par votre vétérinaire, pas par un onglet « bien-être » d'une boutique en ligne. Dog & Compagnie ne donne aucun conseil de santé et ne recommande aucune substance : si votre chien boite, se gratte, dort mal ou maigrit, la bonne porte est le cabinet vétérinaire, qui seul peut poser un diagnostic et prescrire.

Les quatre questions à se poser avant d'acheter

  1. L'étiquette porte-t-elle la mention « aliment complémentaire pour animaux », un numéro de lot et une liste d'additifs ? Si non, passez.
  2. Les substances actives annoncées figurent-elles au registre européen des additifs pour l'alimentation animale ? Si vous ne les y trouvez pas, demandez au vendeur sur quel fondement il les commercialise.
  3. Le produit promet-il de prévenir, de traiter ou de guérir quelque chose ? Si oui, l'allégation est interdite en alimentation animale.
  4. La marque ou la référence apparaît-elle dans un rappel publié sur RappelConso ? Vérifiez avant un réachat.

Pour aller plus loin

À retenir

  • Un complément pour chien est juridiquement un aliment, pas un médicament.
  • Tout additif doit être autorisé au titre du règlement (CE) n° 1831/2003, et le registre de la Commission européenne est public.
  • Les allégations de prévention, de traitement ou de guérison sont interdites par l'article 13 du règlement (CE) n° 767/2009.
  • Des huiles de CBD pour chiens et chats ont été rappelées le 2 octobre 2026 parce que le CBD n'est pas un additif autorisé en alimentation animale, selon les fiches RappelConso.
  • Un besoin de soin relève du vétérinaire, pas d'un complément.

FAQ

Le CBD est-il interdit pour les chiens en France ?

Les fiches RappelConso publiées le 2 octobre 2026 indiquent que le CBD et les extraits de chanvre ont le statut d'additifs non autorisés pour l'alimentation animale. Un produit alimentaire pour chien en contenant n'est donc pas conforme. Un produit contenant du CBD présenté avec des propriétés thérapeutiques relève du médicament vétérinaire et doit être autorisé par l'Anses ou la Commission européenne.

Un vétérinaire peut-il me conseiller un complément ?

Oui. Votre vétérinaire connaît le dossier médical de votre chien et peut vous orienter, y compris vers un médicament vétérinaire autorisé si l'état de l'animal le justifie. C'est la seule personne habilitée à poser un diagnostic.

Que faire si j'ai déjà donné un produit rappelé à mon chien ?

Arrêtez de le donner, conservez l'emballage et le numéro de lot, suivez la conduite indiquée sur la fiche de rappel et contactez votre vétérinaire si votre chien présente des signes inhabituels.

Où trouver le registre européen des additifs ?

Il est tenu par la Commission européenne au titre de l'article 17 du règlement (CE) n° 1831/2003, qui prévoit expressément qu'il est accessible au public.

Un aliment complémentaire doit-il être autorisé comme un additif ?

Non. L'autorisation préalable porte sur les additifs, pas sur l'aliment complémentaire lui-même. En revanche cet aliment doit respecter les règles d'étiquetage et d'allégations du règlement (CE) n° 767/2009, et ne contenir que des additifs autorisés.

Sources

1. Règlement (CE) n° 1831/2003 du Parlement européen et du Conseil du 22 septembre 2003 relatif aux additifs destinés à l'alimentation des animaux, EUR-Lex (source primaire), https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32003R1831, consulté le 08/10/2026.

2. Règlement (CE) n° 767/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 concernant la mise sur le marché et l'utilisation des aliments pour animaux, EUR-Lex (source primaire), https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32009R0767, consulté le 08/10/2026.

3. RappelConso, DGCCRF (source primaire), fiche de rappel « Huile de CBD pour chien » Mama Kana, réf. 2026-03-0264, https://rappel.conso.gouv.fr/fiche-rappel/23682/Interne, publication du 02/10/2026, consultée le 08/10/2026.

4. RappelConso, DGCCRF (source primaire), fiche de rappel « Huile de CBD pour chien » CBDSOL, https://rappel.conso.gouv.fr/fiche-rappel/23685/Interne, publication du 02/10/2026, consultée le 08/10/2026.

5. DGCCRF, ministère de l'Économie (source primaire), fiche pratique « Le statut des os à mâcher pour animaux de compagnie », https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/les-fiches-pratiques/le-statut-des-os-macher-pour-animaux-de-compagnie, mise en ligne du 18/02/2020, consultée le 08/10/2026.

6. RappelConso, DGCCRF, page catégorie « Toutes catégories », https://rappel.conso.gouv.fr/categorie/0/2, consultée le 08/10/2026.

7. Anses, lettre d'information mensuelle sur les médicaments vétérinaires, juillet 2019, https://www.anses.fr/fr/system/files/lettre%20d%27information%20mensuelle%20sur%20les%20m%C3%A9dicaments%20v%C3%A9t%C3%A9rinaires_Juillet.pdf, consultée le 08/10/2026.

Lettre d'information

Recevoir nos récits, nos enquêtes et nos itinéraires

Une lettre régulière, sans publicité ni cession de données. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment depuis n'importe quel envoi.

Autres lectures

À lire aussi

Tous les guides
Comprendre

Est-ce qu'un chien peut trouver un téléphone caché ?

Oui. Depuis 2023, la gendarmerie nationale forme des chiens à la recherche de supports numériques, dix-huitième spécialité de sa chaîne cynophile. Ces chiens repèrent téléphones, clés USB et cartes SIM même éteints et dissimulés, ce qu'un détecteur électronique ne sait pas faire, puisqu'il a besoin d'un signal émis par l'appareil.

9 min de lecture

Vie quotidienne

Est-ce qu'un chien peut aller au travail ?

Au bureau, l’accord de l’employeur et les règles internes comptent. Voici comment préparer votre demande, tenir compte des collègues et distinguer le cas des chiens guides ou d’assistance.

7 min de lecture

Vie quotidienne

Est-ce qu'un chien peut entrer au restaurant ?

Un chien peut être accepté dans la salle d’un restaurant, sous réserve des règles applicables aux chiens catégorisés et des conditions fixées par l’établissement. Le règlement européen sur l'hygiène alimentaire ne vise que les endroits où les aliments sont préparés, traités ou entreposés. C'est donc le restaurateur qui décide pour sa salle. Les chiens guides et d'assistance, eux, disposent d'un droit d'accès légal.

6 min de lecture