Comprendre
Est-ce qu'un chien peut trouver un téléphone caché ?
Oui. Depuis 2023, la gendarmerie nationale forme des chiens à la recherche de supports numériques, dix-huitième spécialité de sa chaîne cynophile. Ces chiens repèrent téléphones, clés USB et cartes SIM même éteints et dissimulés, ce qu'un détecteur électronique ne sait pas faire, puisqu'il a besoin d'un signal émis par l'appareil.
ComprendrePar Guillaume Philippot, directeur de la publication9 min de lecture

Un détecteur électronique a besoin que l'appareil parle. Éteint, caché dans une cloison ou glissé dans un coffre, un téléphone ne dit plus rien. Le chien, lui, ne cherche pas un signal : il cherche une odeur.
C'est le principe de la recherche de supports numériques, dix-huitième spécialité de la chaîne cynophile de la gendarmerie nationale, selon le dossier Gendinfo consacré aux 80 ans du savoir-faire cynotechnique en gendarmerie, publié le 25 juillet 2025 et modifié le 7 novembre 2025. Le même dossier recense 475 équipes cynophiles, 630 chiens et 18 techniques dans l'institution.
Sur la façon dont la gendarmerie choisit et forme ses chiens en général, nous avons déjà tout détaillé dans un article à part. Retenons ici le strict nécessaire : le Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie, à Gramat dans le Lot, est la maison qui produit ces spécialités, et le malinois belge y représente environ 85 % de l'effectif, selon l'entretien du colonel Pascal Segui, commandant le centre, publié par Gendinfo en juin 2025. Tout le reste de cet article porte sur la dix-huitième spécialité, qui n'existait pas il y a quatre ans.
D'où vient cette spécialité ?
Le travail a commencé au début de l'année 2023, selon l'article Gendinfo du 13 juin 2025 signé par le chef d'escadron Charlotte Desjardins. La spécialité existait déjà aux États-Unis, en Suisse et aux Pays-Bas.
L'idée est venue du major Arnaud, alors affecté au groupe d'investigation cynophile de Valdahon, près de la frontière suisse, en contact régulier avec la police helvétique. La Suisse disposait alors de quatre chiens formés, toujours selon le même article.
Une équipe de la police de Zurich est venue assister à une démonstration à Besançon. Des gendarmes ont dissimulé le matériel, le chien suisse l'a retrouvé. La suite s'est jouée à Gramat.
Que cherche exactement le chien ?
Il ne cherche pas le plastique d'un téléphone. L'odeur de référence est le tantale, un métal utilisé dans les composants électroniques, que les Néerlandais et les Belges emploient déjà comme support d'apprentissage, indique l'article Gendinfo du 13 juin 2025. Les chiens apprennent aussi à détecter le lithium des téléphones.
Dans les faits, cela donne des téléphones, des clés USB, des cartes SIM, des tablettes, et au moins un portefeuille matériel de cryptomonnaies.
Le marquage est passif : le chien s'assoit ou se couche à l'endroit de la trouvaille, sans toucher l'objet. C'est une précaution de procédure autant que de sécurité.
Combien de temps faut-il pour former un chien à cette odeur ?
La mémorisation de l'odeur prend quatre à cinq jours, selon l'article Gendinfo du 13 juin 2025. L'apprentissage suit ensuite les étapes habituelles des chiens de recherche, avec des objets de plus en plus petits.
La difficulté n'est pas la mémoire, c'est la méthode. Le métal est froid et ne dégage pas d'odeur à distance : selon l'adjudant-chef David, instructeur au centre de Gramat, le maître doit indiquer à son chien presque chaque centimètre carré de la zone à fouiller. Le chien ne travaille pas au flair large, il travaille au détail.
Conséquence, les chiens retenus doivent avoir du fond, de la ténacité et un caractère calme, et les maîtres doivent être expérimentés. La gendarmerie n'a pas utilisé de chiens déjà formés à la détection de stupéfiants : selon le même article, ces chiens risquaient de passer à côté des supports numériques.
Qui sont les premiers chiens formés ?
Deux maîtres ont commencé la formation à l'été 2023. Le berger hollandais du major Arnaud, Ozark, détectait déjà armes, munitions et billets de banque : il n'avait qu'une odeur de plus à apprendre. L'adjudant-chef David a formé à Gramat un jeune malinois nommé Snatch.
L'expérimentation a été officiellement lancée en février 2024. Le 2 juillet 2024, le chien de Valdahon a retrouvé deux clés USB. Le 6 novembre 2024, lors d'une recherche de supports numériques, le chien a marqué un coffre contenant un portefeuille matériel de cryptomonnaies. En janvier 2025, les maîtres ont suivi un stage d'une semaine au centre de Gramat, et un officier suisse a été invité à valider leur formation. Toutes ces dates proviennent de l'article Gendinfo du 13 juin 2025.
À quoi ça sert dans une enquête ?
Les trois domaines principaux cités par l'adjudant-chef David dans ce même article sont le blanchiment d'argent, les enquêtes de pédocriminalité et les affaires de terrorisme. Il estime que le champ pourrait s'élargir avec la montée de la délinquance numérique.
La logique est simple à comprendre. Dans ces dossiers, la preuve est souvent dans un support que l'on a cherché à faire disparaître. Un téléphone éteint derrière une plinthe ne se trouve ni au détecteur, ni à l'œil, ni par hasard.
Comment une équipe est-elle demandée sur une enquête ?
C'est le point le moins connu, et il explique pourquoi la spécialité a mis du temps à sortir de l'expérimentation. Selon l'article Gendinfo du 13 juin 2025, le commandant Damien, chef du département de la formation et des opérations du centre de Gramat, a sollicité les officiers de police judiciaire départementaux pour qu'ils demandent ces équipes. Autrement dit, il a fallu faire connaître l'outil aux enquêteurs avant qu'ils y pensent.
Les premières missions ont produit des découvertes officielles, parmi lesquelles des tablettes, des cartes SIM et des clés USB. Des magistrats ont assisté à certaines d'entre elles. La doctrine nationale d'emploi de ces chiens restait en cours d'écriture à la Direction générale de la gendarmerie nationale à la date de cette publication.
Une spécialité qui se construit avec l'étranger
Cette technicité est née d'un échange et continue d'en vivre. Le même article mentionne des contacts suivis avec la Suisse, les Pays-Bas, la Belgique, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.
C'est inhabituel dans le monde cynophile français, où chaque institution forme traditionnellement ses propres chiens. Ici, l'odeur de référence vient des pratiques néerlandaise et belge, la démonstration fondatrice est suisse, et c'est un officier suisse qui a validé la formation des deux premiers maîtres français en janvier 2025.
Et les groupes d'investigation cynophile ?
C'est le point qui demande le plus de prudence. Les publications Gendinfo consultées le 8 octobre 2026 citent des groupes d'investigation cynophile implantés en région, dont celui de Valdahon et son successeur dijonnais que dirige désormais le major Arnaud. Elles mentionnent aussi un Groupe national d'investigation cynophile, unité opérationnelle rattachée au département de la formation et des opérations du centre de Gramat, qui détient une compétence rare en recherche de restes humains.
Mais les mêmes publications emploient tantôt « groupe d'investigation cynophile », tantôt « groupe d'intervention cynophile », pour des unités différentes, sans expliquer la distinction. Aucune des pages consultées ne donne le nombre total de ces groupes. Dog & Compagnie ne tranchera donc pas : l'information reste à confirmer auprès de la gendarmerie nationale.
Où en est-on aujourd'hui ?
À la date de l'article Gendinfo du 13 juin 2025, le centre de Gramat prévoyait un stage de 14 semaines au second semestre 2025, pour former quatre équipes au départ, avec un objectif annoncé d'un à deux chiens formés par région.
Nous n'avons trouvé aucune publication officielle postérieure permettant de dire combien d'équipes sont aujourd'hui opérationnelles, ni si la doctrine nationale a été arrêtée. Ces deux points sont signalés comme à vérifier, et feront l'objet d'une mise à jour de cette page.
Pour aller plus loin
À retenir
- La recherche de supports numériques est la dix-huitième spécialité de la chaîne cynophile de la gendarmerie nationale, selon le dossier Gendinfo publié le 25 juillet 2025.
- La gendarmerie compte 475 équipes cynophiles, 630 chiens et 18 techniques, d'après ce même dossier.
- Les chiens apprennent l'odeur du tantale, un métal des composants électroniques, en quatre à cinq jours selon l'article Gendinfo du 13 juin 2025.
- Ils retrouvent des appareils éteints, ce qu'un détecteur électronique ne sait pas faire.
- Les trois domaines d'emploi cités sont le blanchiment, la pédocriminalité et le terrorisme.
FAQ
Pourquoi un chien fait-il mieux qu'un détecteur électronique ?
Parce qu'il ne cherche pas un signal. Un détecteur a besoin que l'appareil émette. Le chien travaille sur une odeur, celle du tantale et du lithium présents dans les composants, et trouve donc un téléphone éteint.
Quelle odeur le chien apprend-il exactement ?
Le tantale, un métal utilisé dans les composants électroniques, employé comme support d'apprentissage par les Néerlandais et les Belges. La mémorisation prend quatre à cinq jours, selon l'article Gendinfo du 13 juin 2025. Les chiens apprennent aussi à détecter le lithium.
Quelle race est utilisée ?
Le malinois belge représente environ 85 % de l'effectif du centre de Gramat, selon l'entretien du colonel Pascal Segui publié par Gendinfo en juin 2025. Les premiers chiens formés à cette spécialité comptaient aussi un berger hollandais.
Combien d'équipes sont aujourd'hui opérationnelles ?
Nous ne le savons pas. L'article Gendinfo du 13 juin 2025 annonçait un stage de 14 semaines au second semestre 2025 pour former quatre équipes au départ, avec un objectif d'un à deux chiens par région. Aucune publication officielle postérieure n'a été trouvée au 8 octobre 2026.
Sources
1. Gendinfo, Gendarmerie nationale (source officielle), dossier « 80 ans de savoir-faire cynotechnique en gendarmerie », https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/gendinfo/dossiers/80-ans-de-savoir-faire-cynotechnique-en-gendarmerie, publié le 25/07/2025, modifié le 07/11/2025, consulté le 08/10/2026.
2. Gendinfo, Gendarmerie nationale (source officielle), « Chiens de recherche de supports numériques : une nouvelle technicité pour la chaîne cynophile de la Gendarmerie nationale », par le chef d'escadron Charlotte Desjardins, https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/gendinfo/dossiers/80-ans-de-savoir-faire-cynotechnique-en-gendarmerie/chiens-de-recherche-de-supports-numeriques-une-nouvelle-technicite-pour-la-chaine-cynophile-de-la-gendarmerie-nationale, publié le 13/06/2025, consulté le 08/10/2026.
3. Gendinfo, Gendarmerie nationale (source officielle), « L'instruction cynophile, une matière vivante », entretien avec le colonel Pascal Segui, commandant le CNICG, https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/gendinfo/dossiers/journee-mondiale-du-chien-retour-sur-80-ans-de-savoir-faire-cynotechnique-en-gendarmerie/l-instruction-cynophile-une-matiere-vivante, juin 2025, consulté le 08/10/2026.
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