Aller au contenu
Dog & Compagnie

Comprendre

Est-ce qu'un chien peut détecter un cancer du sein ?

Dans l'essai KDOG1, Nougaro et Owen ont examiné des échantillons de sueur prélevés sur 181 femmes avant une biopsie. Ils ont repéré une partie des cancers, mais ont aussi signalé de nombreuses lésions bénignes. Pour Octobre rose, retour sur les résultats publiés en 2025 et sur ce qu'ils ne permettent pas encore de faire.

ComprendrePar Guillaume Philippot5 min de lecture

Un berger belge malinois renifle un bocal parmi une rangée de contenants sans étiquette.
Illustration créée pour Dog & Compagnie. Elle ne montre ni Nougaro, ni Owen, ni un lieu du programme KDOG. © Dog & Cie

Octobre rose remet chaque année le dépistage du cancer du sein au cœur de l'actualité. L'essai KDOG1, lui, n'est pas nouveau : mené de janvier 2020 à mars 2022, il a été publié le 27 novembre 2025 dans la revue Nature Communications. Son intérêt aujourd'hui est d'aider à répondre à une question qui revient souvent : si un chien peut percevoir une odeur associée à un cancer, pourquoi ne l'utilise-t-on pas pour dépister la maladie ?

Nougaro, Owen et les échantillons de 181 femmes

Au début de l'essai, Nougaro était un labrador de deux ans et Owen un berger belge malinois d'un an et demi. Tous deux appartenaient à l'Institut Curie. Ils travaillaient sur le site canin du programme KDOG à Champvoisy, dans la Marne, avec un suivi vétérinaire. Selon l'étude, leurs séances de travail duraient 20 à 30 minutes, trois à cinq jours par semaine. Les tests étaient interrompus lorsque la chaleur et l'humidité risquaient de perturber leurs performances.

Les participantes avaient une anomalie suspecte découverte à la mammographie ou à l'échographie et devaient subir une biopsie. La nuit précédente, elles portaient une compresse sur le sein concerné pendant 6 à 12 heures. Au total, 181 femmes ont été retenues pour l'analyse : la biopsie a révélé 107 lésions cancéreuses et 74 lésions bénignes.

Pour chaque test, le chien examinait quatre échantillons alignés : celui d'une participante et trois leurres. Il devait rester assis au moins deux secondes devant l'échantillon étudié pour le signaler. Ni le maître-chien ni la personne qui présentait les échantillons ne connaissaient son résultat médical. Cette procédure en double aveugle réduisait le risque que les humains influencent involontairement la réponse du chien.

Que montrent les résultats ?

Les chercheurs ont analysé les réponses des deux chiens de trois manières. Ces chiffres décrivent des règles de décision différentes, et non trois essais distincts :

  • En retenant au hasard la réponse d'un seul chien, 68 % des cancers étaient repérés. Seules 27 % des lésions bénignes étaient correctement écartées.
  • Si le marquage d'au moins un chien suffisait, 80,4 % des cancers étaient repérés. Mais 21,6 % seulement des lésions bénignes étaient correctement écartées. Près de huit sur dix donnaient donc une fausse alerte.
  • Si les deux chiens devaient marquer l'échantillon, les fausses alertes diminuaient. En contrepartie, seuls 48,6 % des cancers étaient repérés.

Le chiffre de 48,6 % ne mesure pas l'accord entre Nougaro et Owen. L'étude évalue celui-ci séparément et le juge limité. Augmenter la part de cancers repérés en acceptant le signal d'un seul chien multiplie les alertes sur des lésions bénignes. Exiger l'accord des deux réduit les alertes, mais laisse passer davantage de cancers.

Pourquoi les premiers résultats semblaient-ils meilleurs ?

Une étude préliminaire de la même équipe avait rapporté 90,3 % de cancers repérés. Elle comparait les échantillons de 36 femmes atteintes d'un cancer à ceux de 51 volontaires en bonne santé. KDOG1 posait une question plus proche du diagnostic : les chiens pouvaient-ils distinguer un cancer d'une lésion bénigne chez des femmes dont l'imagerie avait déjà révélé une anomalie ?

Cette différence compte. Les 181 participantes n'étaient pas représentatives de la population générale : toutes devaient passer une biopsie. On ne peut donc pas appliquer les pourcentages de KDOG1 à un dépistage de personnes sans anomalie connue.

L'essai a été arrêté après une analyse intermédiaire, car le seuil de détection prévu par son protocole n'était pas atteint. Les chercheurs ont publié les résultats recueillis, notamment parce qu'ils éclairent les limites de la méthode. Ils signalent aussi que l'entraînement et l'évaluation n'utilisaient pas exactement les mêmes types d'échantillons, et que la réutilisation de certains échantillons pouvait favoriser leur mémorisation par les chiens.

Qu'ont-ils senti exactement ?

L'étude suggère que les chiens ont perçu certains indices présents dans la sueur. Elle n'identifie toutefois pas les molécules responsables, ni ne démontre qu'elles sont propres au cancer du sein. Dans leur publication de 2025, les chercheurs proposent d'étudier la piste des composés organiques volatils afin de mieux comprendre ce signal et, éventuellement, de concevoir des outils capables de le mesurer. Il s'agit d'une perspective de recherche, pas d'un test disponible aujourd'hui.

Un chien de compagnie ne suit pas le protocole de KDOG1. Un changement dans son comportement, même inhabituel, ne permet ni de diagnostiquer ni d'exclure un cancer.

Les chiens peuvent-ils remplacer une mammographie ?

Non. La précision observée dans KDOG1 est insuffisante pour un usage clinique. En France, le dépistage organisé repose sur la mammographie et s'adresse aux femmes de 50 à 74 ans sans symptôme ni facteur de risque particulier, tous les deux ans. En cas de symptôme ou de question sur votre suivi, adressez-vous à un professionnel de santé sans attendre un éventuel signe de votre chien.

À retenir

  • KDOG1 a étudié les réponses de Nougaro et Owen sur les échantillons de 181 femmes qui devaient passer une biopsie.
  • Avec une alerte dès qu'un des deux chiens marquait l'échantillon, 80,4 % des cancers étaient repérés, mais près de huit lésions bénignes sur dix étaient également signalées.
  • Ces résultats publiés en 2025 ne valent pas pour un dépistage dans la population générale.
  • Aucun chien ne remplace une mammographie ou un avis médical.

Sources

Lettre d'information

Recevoir nos récits, nos enquêtes et nos itinéraires

Une lettre régulière, sans publicité ni cession de données. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment depuis n'importe quel envoi.

Autres lectures

À lire aussi

Tous les guides
Comprendre

Que change le règlement européen 2026/1818 pour votre chien ?

Le règlement européen 2026/1818 étend à toute l'Union l'identification et l'enregistrement des chiens. Pour un propriétaire français, l'obligation d'identifier son chien existe déjà. Les nouvelles dispositions européennes entreront en application par étapes.

2 min de lecture

Comprendre

Choisir son vétérinaire avant d'en avoir besoin

On cherche rarement un praticien à tête reposée. Prendre cette décision hors urgence permet pourtant de préparer le suivi de son chien, et de savoir d'avance qui répondra la nuit.

3 min de lecture