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DOG & CIE

Territoires

Les crottes se concentrent à cent mètres du parking. Les poubelles sont à l'entrée.

Quarante heures d'observation dans un paysage protégé du sud-est de l'Angleterre montrent que les déjections oubliées ne tiennent pas à l'incivilité, mais à la distraction et au mobilier mal placé. C'est une mauvaise nouvelle pour les panneaux de rappel, et une bonne pour les communes.

TerritoiresLa rédaction5 min de lecture

Un sentier de terre s'éloigne d'un parking de campagne, une seule poubelle à l'entrée.
DOG & CIE

Dans les espaces naturels, le message adressé aux promeneurs accompagnés d'un chien prend presque toujours la forme d'un ordre : tenir en laisse, ramasser, rester sur le chemin. Ces règles sont nécessaires. Elles n'expliquent pas pourquoi un incident se produit.

Deux chercheurs britanniques ont passé quarante heures à regarder ce qui se passe vraiment. Leur conclusion la plus utile tient en une observation de géographie.

Une bande de cinquante à cent mètres

Les déjections non ramassées ne sont pas réparties au hasard sur un site. Elles se concentrent dans une bande située à environ 50 à 100 mètres des parkings, et le long des chemins les plus fréquentés.

L'explication est simple : les chiens font leurs besoins au début de la promenade. Et les poubelles, elles, sont presque toujours regroupées aux entrées — c'est-à-dire quelques dizaines de mètres trop tôt.

Le promeneur qui ramasse se retrouve alors avec un sac à la main pour toute la balade. Celui qui n'a rien vu continue son chemin.

Ce que la distraction explique

Pendant les périodes observées, les chercheurs ont relevé onze situations dans lesquelles une déjection n'avait pas été remarquée. Téléphone, écouteurs, conversation en cours ; ou, pour les promeneurs professionnels, l'attention répartie entre plusieurs chiens.

Il ne s'agit pas d'un procès. Selon le compte rendu de l'Université de Surrey, la majorité des personnes observées ramassaient — certaines allant jusqu'à emporter ce que d'autres avaient laissé. L'équipe a bien vu des chiens sans laisse entrer dans la végétation, déranger des oiseaux ou s'approcher du bétail, mais ces scènes ne résument pas les pratiques du site.

Le glissement est ailleurs : entre l'intention et le geste, il y a un écran de téléphone et cent mètres de sentier.

Quinze professionnels autour d'une table

Les chercheurs ont complété l'observation par un atelier réunissant quinze agriculteurs, gestionnaires fonciers, responsables d'activités rurales et professionnels de la conservation.

Leurs propositions sont d'une banalité désarmante, et n'ont presque jamais été mises en œuvre : placer les poubelles là où les besoins se produisent, plutôt qu'aux seules entrées. Prévoir des espaces de liberté éloignés des habitats sensibles. Impliquer les habitants dans l'entretien. Installer des panneaux courts aux endroits où le promeneur doit prendre une décision — pas là où il se gare.

Les messages saisonniers expliquant la vulnérabilité des oiseaux nichant au sol retenaient davantage l'attention que les rappels généraux sur la laisse. Avec une limite : cet effet s'estompait à mesure que le panneau devenait familier. Ajouter de l'information ne suffit pas ; son moment et son emplacement font le reste.

L'étude, signée Thomas Roberts et Haeyoung Eun, a été publiée en ligne le 28 août 2026 dans Society & Natural Resources. Elle porte sur les Surrey Hills, un paysage protégé du sud-est de l'Angleterre. L'Université de Surrey en a publié une présentation détaillée le 8 septembre.

Ce que cette étude ne démontre pas

- Quarante heures sur quatre sites ne mesurent aucune fréquence nationale, ni au Royaume-Uni ni en France.

- Les onze déjections non remarquées sont une observation, pas la preuve que le téléphone en soit toujours la cause.

- L'atelier réunit quinze professionnels de la gestion rurale ; il ne représente pas les promeneurs.

- Les aménagements sont proposés, jamais comparés avant et après installation.

- Le projet initial a été commandé et financé par Surrey Hills National Landscape.

La grille que nous emporterons

Ce travail nous donne surtout une méthode. Avant de qualifier un site de dog-friendly, DOG & CIE regardera le parcours réel, dans cet ordre :

  • Où se trouve la première poubelle après le point de départ ? Si elle est à l'entrée et nulle part ailleurs, le site a un problème de conception, pas d'incivilité.
  • Les zones sensibles et les périodes de nidification sont-elles expliquées — ou seulement interdites ?
  • Le parcours évite-t-il les contacts imprévus avec le bétail ?
  • Une éventuelle zone sans laisse est-elle séparée des habitats fragiles ?
  • Les consignes apparaissent-elles au moment où le promeneur choisit son itinéraire, ou seulement au parking ?

Rien de tout cela ne retire sa responsabilité à la personne qui tient la laisse. Cela en ajoute une autre, moins souvent nommée : rendre le bon geste visible, possible et logique au moment où il doit être accompli. C'est un critère que les communes, les offices de tourisme et les gestionnaires de sites peuvent documenter — et que nous documenterons.

À observer lors de votre prochaine promenade

- La distance entre votre voiture et la première poubelle.

- Ce que disent les panneaux : une interdiction, ou une raison ?

- L'endroit où votre chien s'arrête, les cinq premières minutes.

Sources vérifiées le 9 septembre 2026

- Roberts T. et Eun H., « Love Dogs, Love Nature: Rethinking Environmental Responsibility Through Everyday Dog-Walking Practices », Society & Natural Resources, publication en ligne le 28 août 2026, DOI 10.1080/08941920.2026.2724506.

- Présentation de l'étude par l'Université de Surrey, 8 septembre 2026 : https://www.surrey.ac.uk/news/distracted-dog-walkers-may-be-putting-wildlife-and-livestock-risk-study-finds

- Sites observés : Puttenham Common, les Chantries et St Martha's Hill, Norbury Park, domaine de Denbies.

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